L’atome culturel. Retour sur un atelier international

Par Irina ȘTEFĂNESCU.

Comment peut-on aider un groupe de professionnels à améliorer lui-même sa position dans le monde où il fonctionne, à comprendre facilement et à endosser tous ses rôles dans ce système, à se définir et à inviter les autres groupes ou entités à se lancer dans une relation productive – cela vaut la peine d’y travailler en affaires, dans l’éducation, dans les communautés, en politique et de le démontrer et de l’enseigner dans des conférences et universités partout dans le monde. Voici mon retour sur un atelier international à ce sujet.

« La prochaine édition de l’International Sociodrama Conference se tiendra en Grèce en 2015 ! ». Sur ces mots se termina la conférence de 2013 à Iseo (Italie), sur un rythme de sirtaki. A ce moment, je me promis de m’y rendre et d’y animer un atelier de sociodrame. Au printemps 2014, je connaissais le thème : l’atome culturel – trop peu de gens travaillent avec et bénéficient de sa formidable valeur organisationnelle, c’est donc le moment pour l’atome culturel de se présenter au niveau international !

Qu’est-ce que l’atome culturel ? Très courte description

Il y a très peu d’informations écrites à ce sujet. Voici donc ma contribution :

Il s’agit d’une intervention en groupe spécifique avec les méthodes d’action, dont le propos est d’aider un groupe ou une personne à obtenir un positionnement clair dans son environnement propre. Cela implique une identité bien définie, exprimée avec des rôles spécifiques vis-à-vis des groupes principaux de parties prenantes dans l’environnement en question.

En tant que facilitatrice orientée résultat, je dirais qu’à la fin de cette intervention, le client – qu’il soit un groupe ou une personne – a défini et pris 3 ou 4 rôles principaux et est conscient des « relations de rôle » avec les groupes environnants. Cela apporte de la clarté aux stratégies, aux relations et aux actions, et mène à un réel positionnement.

Les étapes techniques :

  1. Nous établissons un contrat avec le client pour définir ces rôles pour un positionnement clair
  2. Échauffement de groupe
  3. Une personne devient le client – le noyau de l’atome – et peut représenter une personne ou un groupe
  4. Les autres participants rentrent peu à peu sur scène, prenant les rôles de parties prenantes diverses dans l’environnement du noyau – la question est : « qui influence et/ou est influencé par ce noyau ? »
  5. Les parties prenantes expriment leurs besoins et leurs désirs vis-à-vis du noyau
  6. Le client (noyau) peut exprimer ses propres pensées et sentiments et/ou peut réarranger la scène de manière à la rendre potentiellement plus fonctionnelle
  7. Nous aidons le client (noyau) à exprimer les rôles vis-à-vis de chaque partie prenante et à définir les relations de rôle – le rôle est exprimé à travers un nom et un attribut du nom (p. ex. : « partenaire soutenant », « chef attentionné », « planificateur stratégique », etc.)
  8. Le client regroupe les parties prenantes en 3-4 groupes ; tous les participants peuvent l’y aider
  9. Le client nomme et prend 3-4 rôles principaux (un pour chaque regroupement) et vérifie à nouveau les relations de rôles.
  10. Partage et analyse de processus
L’élaboration de l’atelier

Me voilà donc à l’aéroport d’Athènes, fin septembre 2015, élaborant mon atelier pour la conférence – les aéroports sont formidables pour ce genre d’activités ! Je n’ai que deux heures et demi pour cet atelier, pause incluse, et j’ai besoin de faire tant de choses ! J’écris mes objectifs dans mon agenda – les objectifs d’abord, un stylo et du papier toujours.

Deux must et un bonus. A la fin de l’atelier, les participants auront :

  1. appris la définition, la structure et les usages possibles de l’atome culturel et auront une vision claire des différences entre un atome social et un atome culturel.
  2. vu et participé à une démonstration d’atome culturel.
  3. bonus : pratiqué en groupe – ce serait l’idéal, vu le temps à disposition.

Comment vais-je mesurer le premier objectif ? Par les questions qu’ils posent, les usages qu’ils imaginent, les « comme si » qu’ils apportent.

Ensuite, je me demande : qu’est-ce que je veux obtenir à la fin de cet atelier ? Qu’est-ce que j’aimerais en retirer ? J’aimerais qu’on ait une bonne image de moi en tant que praticienne en méthode d’action et formatrice, et avoir la satisfaction que j’ai réussi à inspirer les participants à devenir curieux, à en apprendre plus sur le sujet et à pratiquer l’atome culturel. J’ai alors besoin d’indications. Lesquelles ? Par exemple des questions, un feedback, des discussions dans les jours suivants et le contact qui perdure par-delà la conférence.

Beaucoup des praticiens des méthodes d’action sont principalement actifs en termes de style d’apprentissage, donc la partie enseignement doit se faire en action.

En pensant à Iseo et à d’autres conférences, je suis bien consciente que nous allons avoir plusieurs niveaux d’expertise dans la salle – peut-être 5 ou 6 niveaux, j’ai donc besoin d’ajuster à tous les niveaux et d’offrir à chaque personne d’importants bénéfices. Il y aura des experts pour qui 75% du processus sera déjà bien connu, ils auront donc besoin d’être impliqués, de partager et d’enrichir le contenu. Après tout, il s’agit d’un atelier-conférence professionnel et l’échange d’expériences est si important ! De même, il devrait y avoir des participants avec très peu de connaissances dans ce domaine et le rythme pourrait être trop rapide pour eux. De plus, Ron Wiener, mon formateur au sociodrame et mentor, m’a dit que je devais m’attendre à ce qu’il y ait beaucoup de participants dans la salle. Jusqu’à 60 ! En estimant de manière réaliste, j’attends 20 à 30 participants. Deux heures et demie, c’est vraiment court pour un thème si ambitieux ! Et un samedi matin, je devrais m’attendre à ce que les gens soient en retard. Je dois me débrouiller avec tout cela et je décide de le prendre positivement et de prendre du bon temps.

Alors, qu’est-ce qui est important pour cet atelier ? Que :

  • les participants aient un bon échauffement à eux-mêmes, aux autres, à l’espace, aux méthodes d’action et au thème
  • ils fassent l’expérience d’atomes sociaux par groupes, simultanément
  • les experts aient leurs propres temps et espace pour travailler et partager – ainsi ils pourront animer leur propre travail sur l’atome social
  • tout le groupe participe à une grande démonstration d’atome culturel
  • chacun soit impliqué dans au moins une partie du travail
  • je partage 2 ou 3 exemples d’atomes culturels que j’ai animés dans le domaine des affaires
  • il y ait du temps et de l’espace pour que les participants partagent – depuis leurs rôles, leur propre expérience, ce qu’ils ont appris, leurs expériences pratiques
  • du temps pour l’analyse de processus
  • les gens prennent soin d’eux-mêmes et s’arrêtent lorsqu’ils en ont besoin
  • bonus : il y ait du temps pour pratiquer l’atome culturel (idéalement, mais pas vraiment réaliste)

En 150 minutes, nous avons 5 créneaux de 30 minutes chacun, que je pourrais utiliser pour :

  1. l’échauffement
  2. le travail en petits groupes sur l’atome social
  3. la démonstration de l’atome culturel en grand groupe
  4. bonus : à nouveau en petits groupes, pratiquer les atomes culturels
  5. le partage et l’analyse de processus

Le 4e créneau peut être utilisé pour prolonger le 3e si besoin est, en abandonnant la pratique de l’atome culturel en petits groupes, qui n’est pas très réaliste.

Ensuite, penser à des options, à des obstacles possibles, dessiner une mind map sur mon ordinateur et savourer mon caffè latte, en imaginant comment ça pourrait se passer. Espérer qu’une traduction ne sera pas nécessaire, parce que ça ralentirait beaucoup les choses. Si des Grecs ont besoin de la traduction, espérer qu’ils trouveront des collègues qui traduiront, pour que tout soit accessible.

A Kos, j’ai montré mon plan à Ron, obtenu sa bénédiction et me suis immergée dans cette conférence.

Comment était-ce, ce 3 octobre 2015 ?

Les participants – Il y a eu environ 40 participants, un groupe vraiment international – d’Autriche, de Grèce, d’Israël, d’Italie, du Portugal, d’Espagne, de Suède, de Turquie, du Royaume-Uni, des Etats-Unis et moi-même de Roumanie (j’espère n’avoir oublié personne). La moitié du groupe venait de Grèce et le besoin d’une traduction s’est fait sentir. Comme le sujet liait méthodes d’action et domaine des affaires, la traduction a été difficile et a pris beaucoup de temps. Il y avait de nombreux niveaux d’expertise – allant de l’ignorance totale des méthodes d’action jusqu’aux formateurs internationaux de psychodrame et/ou de sociodrame. Il y avait aussi bien des patrons d’entreprises et des gens issus de multinationales, que d’autres personnes ayant très peu de connexions avec le monde du business.

Certains d’entre eux m’avaient déjà vu travailler auparavant, d’autres avaient été chaleureusement envoyés par les organisateurs ; certains avaient été intrigués par le thème, d’autres encore avaient été recrutés par Valérie Monti Holland – ma chère collègue et amie – ou par moi-même.

Objectifs – Les must ont été atteints, pas le troisième objectif.

Temps – Un temps de travail total de 150 minutes ; nous avons commencé 7 minutes en retard car il y avait vraiment peu de monde au début ; nous avons pris 8 minutes de pause, les participants pouvaient prendre d’autres pauses lorsqu’ils en avaient besoin ; nous avons fini 15 minutes après le temps imparti. Les participants continuaient à arriver durant les 35 premières minutes. La gestion du temps a été un véritable défi. Je ne suis pas satisfaite de la fin tardive, mais j’ai fait de mon mieux et les participants étaient d’accord avec ça.

Déroulement :

  • b) Les 35 minutes pour les atomes sociaux – il y avait 4 groupes formés autour de certains des experts ; chaque groupe a choisi une situation à explorer et a mis en place un atome social – ceux-ci étaient les suivants : l’atome familial d’un homme, l’atome professionnel d’un coach en business, l’atome social d’une entreprise nationale grecque qui a récemment été achetée par une entreprise allemande internationale, et l’atome social de la Sociodrama International Conference ; ils étaient facilités par les experts de chaque groupe, j’ai alors pris le temps d’observer et de m’échauffer moi-même à chaque thème ; les personnes se sont regroupées également par langue, si bien qu’il n’y avait pas besoin de traduction.
  • a) L’échauffement de 23 minutes – Je me suis présentée en 2 minutes et ai indiqué les objectifs de la séance ; les participants étaient invités à toucher toutes les personnes qu’ils connaissaient déjà et à établir un contact visuel, aussi vite que possible ; ensuite, je leur ai demandé de toucher toutes les personnes qu’ils n’avaient pas encore rencontrées, à établir le contact visuel et à dire leur nom, aussi vite que possible ; ensuite, ils se sont mis quatre fois par paires avec différentes personnes, en disant : « Ce que j’aime dans cette journée, c’est… », « Ce que j’aime chez moi, c’est… », « Ce que j’aime chez toi, c’est… », « Ce qui attise ma curiosité dans cet atelier, c’est… » ; ensuite, j’ai présenté la structure prévue de l’atelier et ils l’ont acceptée ; la dernière partie se déroulait avec des locogrammes – à propos de leur expérience avec l’atome social et avec l’atome culturel.
  • c) Les 74 minutes pour la démonstration de l’atome culturel (plus 8 minutes de pause au milieu) – cette partie a pris beaucoup de temps à cause de la traduction, qui a doublé sa durée. J’ai commencé avec une brève explication des étapes suivantes, de l’atome social à l’atome culturel, les ai ensuite illustrés avec 2 exemples tirés de ma pratique dans les affaires ainsi qu’avec d’autres exemples de comment on définit les rôles ; après une courte séance de questions et réponses, nous avons commencé. Les participants ont choisi sociométriquement lequel des quatre atomes sociaux développer plus loin en un atome culturel. Ils ont choisi l’entreprise. Le centre de l’atome était le manager de cette entreprise, hautement intéressé par l’exercice. Le petit groupe initial a mis en place l’atome social et ensuite, nous avons commencé à l’élargir, en y ajoutant à peu près toutes les parties prenantes possibles, car nous avions davantage de personnes disponibles et j’ai voulu une représentation très réaliste et complète, incluant autant de monde que possible. Ensuite, les parties prenantes ont dit à l’entreprise les besoins qu’elles avaient dans leur relation avec l’entreprise. Il y avait encore des personnes dans l’audience, et je les ai incluses dans l’étape suivante – à savoir : aider le manager à définir les rôles de l’entreprise envers chaque partie prenante. Nous avons regroupé les parties prenantes en fonction de ces rôles. Les relations de rôles avec chaque groupe étaient mises en évidence. L’étape finale consistait en la définition des rôles principaux de l’entreprise envers chaque groupe. Les participants ont travaillé en groupes pour faire cela. Nous avons noté des développements potentiels de chaque atome culturel, en fonction des besoins possibles du client (l’entreprise).
  • d) Les 18 dernières minutes étaient consacrées au partage et à l’analyse de processus avec le groupe dans son entier – un temps très court ; en premier lieu, nous avons regardé avec le client (le manager) s’il était satisfait – nous avons récolté un grand OUI et un large sourire ; ensuite, nous avons quelque peu développé cela – un bref récapitulatif et une courte séance de questions et de réponses ; comme les rôles n’étaient pas lourds, les participants ont suggéré de laisser tomber le partage depuis les rôles, ils étaient très intéressés par les techniques ; le partage tiré de l’expérience de ce genre de pratique par certains des participants a été une étape précieuse et le partage de certains enseignements par les autres participants ainsi que mes remerciements ont clos la séance.

Le feedback – Il était en fait très bon ; le feedback immédiat – les gens sont restés durant la pause qui suivait pour exprimer leur appréciation et leur intérêt – et d’autres feedbacks ont eu lieu plus tard : des discussions durant les jours suivants et des messages reçus.

Ce que j’ai appris – Plus le format de l’atelier est simple, mieux c’est ! Impossible de démontrer une technique complexe et de laisser les gens la pratiquer entièrement en seulement 2,5 heures d’atelier dans une conférence avec de nombreuses personnes que l’on initie aux méthodes d’action et qui ont besoin de traduction. On a alors besoin d’une formation à la définition des rôles ; peut-être la prochaine fois mènerai-je un atelier sur la définition des rôles et leurs influences. J’ai besoin d’une meilleure gestion du temps, il n’y en a jamais assez !

Prochaines étapes – écrire des articles et une brochure à propos de l’atome culturel en y incluant des cas sur le business, il y a un grand besoin de cela, car il n’y a quasiment rien d’écrit sur ce thème. Vous avez donc ici mon premier article à ce sujet. Merci !

Traduction de l’anglais par Vincent CHAZAUD.

Date de publication : 20 janvier 2016

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